Les réseaux sociaux représentent-ils une innovation de rupture ?

Une question qui revient sans cesse : les réseaux sociaux et nouveaux outils collaboratifs sont-ils des innovations incrémentales ou révolutionnaires ? L’épatant Serge Soudoplatoff (merci Jon Husband pour le lien !) a son idée et je vous invite à regarder cette présentation aux ERNEST de Normale Sup’.

Soudoplatoff rejoint ici d’autres personnes qui ont profondément réfléchi au sujet et sont eux aussi convaincus, que ce soit au nievau de la société civile, de l’entreprise ou encore de l’économie qu’il s’agit d’innovations de rupture.

Selon Clay Shirky, ces outils suppriment le cout de la transaction (définit par Ronald Coase). L’effort pour créer un groupe et monter une activité collaborative est devenu négligeable. En cela, il s’agit selon Shirky d’une authentique menace pour les organisations qui, comme il le dit si bien feront tout pour conserver le problème dont elles sont la solution

Pour Andrew McAfee, ces outils brisent les silos dans l’organisation, font advenir l’innovation et sont le moyen idéal pour la mise en oeuvre de méthodes de management alternatives (Douglas McGregor, Chris Argyris), méthodes qui ont fait leurs preuves dans de nombreuses entreprises (WL Gore, Whole Foods Market, …).

Enfin pour Gary Hamel, ils contribuent à la transformation permanente et radicale du monde économique : et dans ce monde, l’organisation hiérarchique est simplement dépassée. Il explique ainsi qu’il n’existe aucun exemple naturel où une structure hiérarchisée est performante dans ce type de contexte.

Pour de nombreux essayistes sur le sujet, internet et les outils collaboratifs sont la plus grande révolution depuis l’imprimerie. Ainsi Clay Shirky mais aussi Alexander Bard dans les Netocrates ou encore le crew espiegle du Cluetrain Manifesto. Ce manifeste est exposé en 95 thèses, une analogie tongue-in-cheek aux 95 thèses de Martin Luther dont l’imprimerie a permis la dissémination et, ce faisant, l’avènement du protestantisme. Revolution, indeed.

Michel Serres explique qu’avec Internet nous évoluons dans un nouvel espace topologique où les référentiels anciens ne sont plus valides.

De fait, ces outils représentent un immense défi pour les organisations et les sociétés. Un sujet discuté avex de nombreux consultants sur hypertextual. Leur position : il s’agit à n’en pas douter d’une révolution mais qui nécessite une mise en oeuvre incrémentale. Je ne suis pas loin de penser comme Serge Soudoplatoff, qui remonte, lui, jusqu’à l’invention de l’alphabet pour retrouver une innovation d’une telle portée : les managers sont aujourd’hui dans la position les scribes lors de l’avènement de l’écriture.

J’ai beaucoup de mal à voir dans la minimisation systématique des réseaux sociaux autre chose que du déni : la première étape de la phase du changement.

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10 comments

  1. les managers sont aujourd’hui dans la position les scribes lors de l’avènement de l’écriture

    Je ne remonterai pas à l’invention de l’imprimerie, mais les réseaux sociaux participent pour moi de la rupture. Pour la première fois depuis Adam Smith, la création, pas plus que la redistribution, de richesse n’est plus l’apanage des nations et des entreprises.
    Chacun a aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, son mot à dire et son espace d’intervention, et les entreprises sont à la traîne de leurs clients.
    Les managers sont plutôt les tenants de la tradition orale face à l’avènement de l’écriture. Leur rôle, le sens (à la fois comme direction -zut c’est encore un mot à double signification- et comme signification) de leur activité est à réinventer totalement à la lumière des nouvelles relations qui s’établissent entre les individus. C’est d’ailleurs une des tâches à laquelle s’est récemment attelé Gary Hamel: http://opensource.com/business/10/7/mix-gary-hamels-experiment-reinventing-management-open-source-way

    Thierry

  2. Thanks Jon for the link ! Let us all go for La Rupture !

    Thierry > Merci pour ton commentaire. Il est très intéressant de voir dans le cadre de l’entreprise le lien très étroit qui existe entre d’une part l’emergence de ces réseaux sociaux dans l’entreprise et d’autre part les conséquences nombreuses pour le management. Le texte de Fred Frery en intro de la version française du bouquin de Gary Hamel est éloquent à ce sujet.

  3. Réduire le net aux réseaux sociaux me surprend toujours. Il règne sur certains réseaux sociaux, Facebook en particulier, une insondable et consternante vacuité ou l’ennui profond des membres alterne avec une exhibition personnelle surement indispensable à leur égo mais parfois tellement grotesque…

    Les quelques personnes avec lesquelles on y a un contact régulier sont les connaissances et les amis de la vraie vie. Si une nana de Honk-Kong que je ne verrai jamais physiquement n’est plus subitement mon amie, je m’en remettrai sans même y songer…

    Je vois un sens à ce réseau dans les relations qu’y bâtissent les marques avec leurs fans. Encore faut-il être fan quelque marque, ce qui suppose d’adhérer de façon bêlante à une société de consommations abrutissante, dont effectivement les réseaux sociaux genre Facebook sont la meilleure vitrine à ce jour…

    Pas mal non plus pour les médias, mais la valeur ajoutée par rapport à leur site officiel reste à démontrer. Elle n’est, à mon sens, pas déterminante, si ce n’est pour flatter une fois de plus son égo en manque de reconnaissance.

    Les réseaux sociaux seront peut-être le bouleversement de demain, il devront évoluer. Le net est déjà la révolution d’aujourd’hui.

  4. Bonjour,

    Merci pour votre commentaire.

    Ce blog ne réduit certainement pas le net aux réseaux sociaux. En revanche il se concentre ici sur l’explosion de l’utilisation des réseaux sociaux démocratisant et généralisant l’utilisation du net donne, à mon sens, une dimension révolutionnaire à celui-ci.

    Les avis objectifs d’utilisateurs chevronnés du net sont intéressants mais ce qui est plus significatif à mon sens c’est que des gens qui n’utilisaient peu ou jamais la toile, l’utilisent chaque jour à travers Facebook. Un exemple : ma douce maman de 66 ans. Pour citer Clay Shirky “A revolution doesn’t happen when society adopts new tools, it happens when society adopts new behaviors”.

    500 Millions de personne qui se connectent en moyenne une heure / jour sur Facebook, le fait que les groupes les plus populaires de sites tels que Meetup soient ceux des mères de famille et pas de fans d’XBox voilà qui est intéressant.

    On ne parle pas ici de la qualité ou de la pertinence des outils (je ne suis pas non plus un immense fan de facebook, qui, je partage votre point de vue, est un territoire d’expression du narcissisme) mais de leur utilisation. Clay Shirky encore : “Communications tools don’t get socially interesting until they get technologically boring”

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