F**k me I’m a middle class

En tant que chic type plutôt de gauche, le mépris de nos élites intellectuelles envers la classe moyenne fait partie des nombreux systématismes ataviques de notre société.fr qui m’attristent et me laissent dans une profonde incompréhension.

Un peu comme notre méfiance vis à vis de l’uniforme (héritage de la haine de la milice lors de l’occupation), notre relation professionnelle conflictuelle (due à l’interdiction du syndicalisme à la fin du XiXème) ou encore notre sacralisation des intellectuels et de l’écrit (héritée de la révolution et de la disparition simultanée de dieu et du roi), j’ai mis du temps à en découvrir la source. Mais une fois celle-ci identifiée, un pan de ma société s’est vu éclairée d’une lumière franche et claire.

Krugman & Piketty

La lumière est cette fois venue de la lecture de Paul Krugman (l’Amérique que nous voulons), un des éminents représentants de cette gauche américaine que, dans la lignée de Thomas Piketty (que Krugman cite fréquemment), je célèbre volontiers. Le coeur de cet ouvrage gravite autour des inégalités de rétribution dans la société américaine.

Dans la première partie, Krugman insiste sur cette période entre le New Deal et le début des années 70s, période qu’il nomme La Grande Compression, et durant laquelle les écarts de salaires se sont considérablement réduits entre la classe ouvrière d’une part et la classe dirigeante de l’autre.

Il insiste sur les racines de cette compression dans la politique égalitariste et sociale mise en oeuvre par Franklin Roosevelt (impôts sur les successions, taux élevés sur les plus hautes tranches etc …) pour bien souligner le rôle fondamental du volontarisme politique dans le contrôle de ces disparités par la redistribution. Insistance justifiée par le doute persistant de son lectorat  principal (américain donc) quant à l’influence du politique sur la main invisible du marché.

contre-culture.fr

Bref : cette grande compression a eu pour effet un enrichissement considérable de la classe ouvrière, une période plutôt heureuse (le mythe des 50s/60s) et l’apparition d’une classe moyenne vaste et solide, socle économique des pays riches. Rien là qui ne pourrait contrarier un chic type de gauche comme moi qui voit là la promotion sociale de tout un pan de société accédant ainsi à une vie décente, la possibilité d’offrir des études à ses enfants, la propriété etc …

Sauf qu’à cette émergence coïncide en parallèle celle de la contre-culture dans les 60s. Contre-culture qui tourne en dérision le nivellement culturel de cette classe moyenne. La Contre-culture c’est aussi cet idiome faisant frissonner de plaisir nos moelles-révolutionnaires.fr et auquel adhèrent spontanément nos intellectuels. Il n’est pas ici question de remettre en cause ces mouvements sociétaux salutaires (Summer of Love là-bas, Mai 68 ici) mais plutôt de réfléchir aux prises de positions socio-culturelles d’alors et leur perpétuation dans notre société d’aujourd’hui.

Car cela a figé dans la psyché de la partie gauche de notre population a) l’indéboulonnable image d’une classe moyenne réactionnaire et conservatrice et, accessoirement, b) la nécessaire dimension subversive que se doit de posséder un objet culturel pertinent. Nous ne nous intéressons ici qu’à la première conséquence, la seconde pouvant à elle seule remplir une encyclopédie.

Barack Vs François

Dans les envolées de la magnifique campagne de Barack Obama deux choses m’ont particulièrement marqué : le We de la mantra Yes We Can et les références incessantes à la classe moyenne et aux conditions à mettre en oeuvre pour en assurer à nouveau la prospérité.

A comparer avec le discours de notre gauche où les classifications sociales se font systématiquement dans l’opposition conflictuelle public/privé et où, sans aller jusqu’à Mélenchon et son nouveau parti (rires), un François Hollande avoue en toute relaxitude ne pas aimer les riches – probablement la sortie politique la plus profondément débile jamais entendue.

Michel Rocard se demandait la semaine dernière dans les matins de France Culture pourquoi le PS Français ne comptait que 150,000 adhérents alors que ses homologues Allemand et Suédois en comptaient respectivement 800,000 et 400,000. Hint à Martine : ne pas mépriser la classe moyenne pourrait être une première piste.

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4 comments

  1. Salut Aymeric,

    Merci pour le commentaire, ça fait plaisir. Le problème c’est que je pars dans toutes les directions et je n’arrive pas à me concentrer sur une seule. Les prochains risquent d’etre hard-core technique informatique.

    Super merci pour le lien je vais me procurer ce bouquin de Heath & Potter.

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