Songwriting In Rainbows

Radiohead2.0

Radiohead aura donc réalisé le coup musical 2.0 de l’année : leur album In Rainbows en téléchargement (sur un site à la navigabilité plus artistique que commerciale), à un prix à la discrétion des internautes, potentiellement gratuit, donc. Le verdict est sans appel : cette opération leur aura rapporté plus que les royalties de tous les autres albums réunis.


Je me garderai bien d’y trouver là le business model de demain pour les groupes de musique indépendante. Le geste peut-être splendide (go ahead, download me, pay what you think is fair) il demeure discutable : il s’agit d’un groupe établi qui dispose d’un following considérable et fidèle : le risque pour eux est mineur en cas d’échec. Ce n’est pas la formidable Tender Forever qui pourrait se permettre le luxe d’un tel détachement avec les contingences de l’industrie.

Comme Vincent le poste sur TechItEasy :

Record-companies are like the VCs for the music-industry, they serve a role and, while they can certainly be blamed to have exploited it, or to not be new-world enough, they need to stay in some form or other, if only as a funding-source for new artists.

At War with EMI

La guerre frontale ne s’arrête pas là : le groupe d’Oxford sort aujourd’hui ce même album sur un label indépendant (XL Recordings) après avoir quitté leur label initial (EMI / Parlophone) qui, pour ne pas être en reste, et empoisonner la sortie du dernier opus, publie un coffret de l’intégrale (moins In Rainbows, donc) .

Par ailleurs, le groupe s’est filmé à la maison interprétant chacun des titres, pour clipper tout l’album et assurer une diffusion cheapissime sur YouTube. On retrouve ce côté normal, accessible, anti-star, coolissime et sans chichi de Radiohead, typique des groupes Britanniques. A ce sujet j’adore cette anecdocte sur Ed O’Brien (le guitariste) faisant la queue aux toilettes au festival de Reading 96 où il est spectateur, avec son rouleau de PQ à la main comme tous les festivaliers, refusant un passe droit pour utiliser celles des artistes.

Et que chacun se mette à danser

Bon à un moment ou un autre il va tout de même falloir adresser le problème : et la musique dans tout cela ? Ben voilà : c’est là où le bât blesse.

Une définition de Radiohead : l’évidence mélodique qui télescope la paranoïa et/ou la schizophrénie, une immense tension dans la construction des chansons, des errements à la lisière de la pop et la musique instrumentale, des textes sifflés entre les dents par un psychopathe. No Surprises, Fake Plastic Trees, Exit Music, Creep, The Tourist, et les 2 sommets de leur carriere : l’enchaînement des 5 premiers titres de Kid A d’un coté et de l’autre l’insurpassable Let Down où on jurerait entendre Robert Fripp (les arpèges dans une mesure composée) reprendre les Ronettes : une de mes 10 chansons préférées de tous les temps.

Erase the moaner

Si la carrière du groupe a suivi une courbe ascendante et fascinante jusqu’à la fin des 90s OK Computer (97) / Kid A (2000), elle est devenue depuis plus prévisible. On a le droit d’avoir du mal avec l’omniprésence pleurnicharde de Thom Yorke qui affaiblit l’image du groupe en tant que tel. Et aussi avec ce manièrisme qui semble systématique : Jonny qui shoegaze en jouant du triangle, les beats souvent identiques, ou encore les geignements d’un Thom souffreteux, geignements qui diluent les mélodies et l’impact des chansons. Son album solo aurait dû lui permettre d’évacuer un trop plein d’inspiration manifestement, ce n’est pas le cas. N’est pas Robert Wyatt qui veut pour geindre avec cette grâce lumineuse.

Résultat : ce chic type de O’Brien (aah ! ses arpèges à la Rickenbacker 360) se fait chier comme un rat mort à jouer du tambourin (Reckoner), ou assis devant ses effets (15 Step) à hasarder quelques notes éparses sur une mesure à 5 temps, héritée du rock progressif le plus chiant, qui ouvre l’album.

Weird Fish (et son pont abrupte au piano électrique), et sa jumelle Reckoner, avec leur beat linéaire restent au dessus du lot mais on attend autre chose de ce groupe qu’une resucée du Where You End And I Begin.

Tralala Hate Club

Total respect pour ce groupe qui a su conserver son indépendance artistique en restant à la lisière du mainstream sans ne jamais y sombrer. Un groupe qui a su tirer le meilleur du web pour conserver une grande intimité avec leur public.

On peut toutefois discuter la pertinence artistique des trois derniers albums(Amnesiac, Hail to the Thief et In Rainbows), conçus dans le creuset du totem Kid A. Et en regardant de plus près les tendances depressives de ce groupe culte pour les trentenaires lecteurs des inrocks, on en vient à comprendre et partager l’engouement très 00s pour le teenage-rock dandy, overlooké et flamboyant.

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