Music Sounds Much Better With You

Big up une nouvelle fois à André Gunthert et son remarquable blog. Un sujet passionnant sur les oeuvres du web en s’attardant sur 3 d’entre elles, célibrissimes à ce qu’il dit, mais dont j’ignorais l’existence : Everyday” de Noah Kalina (bouleversant), la vidéo de Michael Wesch, “The Machine is Us/ing Us“, et la “Groovy Dancing Girl“, chorégraphie ultra speedée sur l’implacable Harder Better Faster Stronger de la machine post-industrielle à Moonwalk : Daft Punk.

L’article propose une vraie reflexion sur les nouvelles oeuvres digitales mais en conclusion se moque ouvertement des artistes qui pleurnichent sur leur difficulté à vivre en ces temps ADSLiens. A bit unfair, really.

Digital Antechrist

Il est facile de se moquer de la position radicale de Murat dans cet article (qui cite Brett Easton Ellis comparant Internet à l’Antechrist). D’autant que, comme il le précise, il a été un des premiers à s’ouvrir d’une manière aussi transparente sur le net.

On peut rigoler de cette pulsion egocentrique de l’artiste qui se nourrit de la reconnaissance et qui voit d’un sale oeil fondre son privilège, durement acquis, de musicien diffusant ses oeuvres. Privilège aujourd’hui mis à mal par la prolifération d’oeuvres de myriades d’artistes amateurs qui ont grandi avec Cubase, issus de la génération digitales pour qui a) la musique est gratuite et b) tout le monde à le droit d’en faire et d’en diffuser.

Note : le terme artiste est utilisé ici dans son sens qualificatif i.e occupation professionnelle stipulée sur le passeport, et non dans le sens qualitatif et allégorique du “qui fait de l’Art tu woas”.

Ce que Hugh McLeod , dans son style désabusé et sans complaisance, rappelle au sujet des Media, on peut tout à fait l’étendre aux arts numérisables (musique, cinéma) :

In the last 20 years, we’ve seen an evolution (…) And the main consequences of that, besides media becoming a two-way conversation instead of a one-way conversation, has made the barriers to entry into creating “Media” a lot lower.

Artist Vs Digital Natives

Il y a un élément que l’on ne peut pas nier : avec les téléchargements : le nombre de disque vendus réduit. Dès lors, la possibilité pour un artiste de vivre de son art diminue proportionnellement. C’est bien de se voir en grand pourfendeur des puissants (Celine Dion, Metallica, etc …) sur le sort de qui personne ne va pleurer, mais pour la majorité des artistes qui gagnent leur vie à une echelle plus sobre, ce n’est pas si simple.

Il y a un élément important dans ce que dit Murat : l’exclusivité de l’activité artistique dans la vie de l’artiste. Et qu’en réduisant ces sources de revenu, cette exclusivité, fondatrice, est compromise. J’éprouve beaucoup de respect pour les gens qui ont fait ce choix radical et courageux de ne vivre que de leur art et j’ai le sentiment qu’aujourd’hui cela devient d’avantage compliqué que ça ne l’a jamais été.

Je connais des musiciens de groupes qui ont chacun sorti un album remarquable de maîtrise et d’efficacité (Hey Hey My My, Poni Hoax), albums salués par la critique, et ils en sont toujours à galérer et/ou contraints à continuer une activité professionnelle (poser des RTT pour les tournées, ce genre de trucs glamour). Alors qu’à renommée égale, il y a 10 ou 20 ans ils auraient pu vivre des ventes de leur album au moins pendant une ou deux années. On pourra m’expliquer ce que l’on veut mais des artistes qui peuvent se consacrer à plein temps à leur activité ont plus de chances de produire quelque chose de personnel et d’interessant.

Incidemment, j’ai appris que c’etait aussi le cas d’artistes New Yorkais tels que !!! (prononcez Tchik Tchik Tchik) , artistes à la réputation indie internationale qui travaille dans le BTP à New York en marge de leur activité musicale.

Songs & Ringtones

On peut tout à fait se réjouir de la prolifération d’oeuvres grâce à internet, du fait que tout le monde peut-être un part-time artist, de l’émergence spontanée de formes nouvelles.

On peut cependant déplorer que cela ne laisse plus beaucoup d’alternatives aux artistes qui ne sont pas des superstars, qui cultivent une approche plus artisanale et qui rechignent à se résoudre aux ringtones ou à la terrifiante efficacité de publicitaires pour vivre de leur art.

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2 comments

  1. Alors donc, j’ai promis de répondre… 😉

    Je pense qu’il y a un truc vicié dans ta présentation des choses, qui tient à ta note: “le terme artiste est utilisé ici dans son sens qualificatif i.e occupation professionnelle stipulée sur le passeport”

    Précision que tu te dépêches d’oublier quand tu écris ensuite: “J’éprouve beaucoup de respect pour les gens qui ont fait ce choix radical et courageux de ne vivre que de leur art”.

    On a un peu le beurre et l’argent du beurre, pour la démonstration, c’est plus facile.

    Mais de deux choses, l’une: ou bien on discute d’une “occupation professionnelle” comme, mettons, préposé au tri postal ou chercheur de gisements pétrolifères. Et l’on doit alors admettre, même si c’est bien triste pour le patrimoine ethnographique de l’humanité, que les petits métiers subissent l’évolution des comportements et la pression du marché, puissent évoluer et le cas échéant disparaître.

    Ou bien on discute de l’Art et de l’artiste avec un grand A, et là, il faut admettre que la musique populaire enregistrée a bénéficié au cours des soixante-dix dernières années d’un statut d’exception parmi les activités culturelles: celui d’être une industrie de masse générant d’importants profits répercutés sur toute la filière (et accessoirement sur l’auteur). C’est clair que pour un peintre, la même équation ne fonctionne pas. On pourrait pourtant arguer que cet artiste a tout autant que son collègue droit à “l’exclusivité de l’activité artistique”. A quelques rares exceptions près, ce n’est pas le cas: cet artiste exerce donc le plus souvent un autre métier, comme graphiste ou prof dans une école des beaux-arts. On voit donc bien que la situation faite un temps aux musiciens, exceptionnellement favorable, dépend de l’état d’un marché. Se plaindre de voir celui-ci se modifier est bien compréhensible. Pour autant, la création musicale a pu s’exercer bien avant l’existence du marché du disque, en tous temps et en tous lieux. Je n’ai aucune d’inquiétude sur le fait qu’elle pourra lui survivre.

  2. Hey merci pour ce commentaire André. L’apostrophe n’est pas pour que tu me doives un commentaire mais bien pour rendre hommage à ton blog que je lis régulièrement.

    Je ne crois pas que ce soit le seul “privilège” du musicien que de profiter financièrement de l’industrialisation de la reproduction de ses oeuvres. Il en va de même pour les romanciers, cinéastes, comédiens. Comme pour ces derniers, il y a cependant très peu d’élus. (A te lire on a le sentiment qu’ils sont une armée).

    Par ailleurs je ne vois pas de contradiction dans le fait de réduire, d’une part, l’artiste à son seul statut professionnel et, d’autre part, d’éprouver de l’admiration pour ceux qui font ce choix professionnel là. Un peu comme décider d’être berger, entrer dans les ordres ou devenir sportif professionnel, cela implique un grand nombre de risques et de contraintes structurantes pour le mode de vie. Je t’invite à lire “le Portrait de l’Artiste en travailleur” de pierre michel menger à ce sujet : une passionnante étude sociologique sur cette corporation.

    La création musicale persistera, bien sûr. Le problème est que si la technologie permet aujourd’hui à des milliers d’amateurs de produire rapidement et à moindre coûts de la musique (j’ai bien mesuré la différence, j’en fais depuis 20 ans), il me semble que créer de la musique qui fait sens, qui a de la profondeur, qui est capable de faire résonner des cordes intimes et enfouies, et bien produire cette musique là demande le travail d’une vie. Et que ceux qui consentent à ce sacrifice vont se voir complètement submergés par la masse produite aujourd’hui (en particulier par ceux qui savent profiter des nouvelles technologies pour surexposer leur travail) et n’en seront pas récompensés. On peut avoir le droit de trouver cela regrettable.

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