SofiaCoppoleries ou les transparences capiteuses de la culture Indie


Au revoir Simone

Mes longues conversations électroniques avec la teck mob (population plutôt urbaine et branchouille) m’ont confirmé dans ce sentiment diffus selon lequel nous achetons plus des produits culturels comme des attributs de définition socio-culturelle que comme des objets de découverte et d’enrichissement intellectuel.

La mouvance pop-indie (pour indépendante, par opposition au Mainstream) propose ainsi des objets culturels (disques, films, livres) qui ne sont souvent qu’un assemblage (plus ou moins réussi) de signes de subversion délicate : lo-fi contre le tout technologique, histoires évasives plutôt que scenarios en béton, personnages en plein doute contre sportifs baraqués ou business women résolue, voix et arrangements hésitants en lieu et place de maestria instrumentiste, ironie et détachement plutôt que certitudes et engagement, erotisme translucide plutot que sex-appeal hormonal.

On pourrait ainsi tracer une ligne de Sofia Coppola à Air pour relier les centres névralgiques de cette mouvance. On pourra y adjoindre l’electro-pop des princesses glacées d ‘Au Revoir Simone, trio de new yorkaises à la beauté diaphane (merveilleusement mise en valeur par la pochette) et aux jambes interminables, trio venant, tout comme les impeccables Matt&Kim, de Brooklyn.

The Bird of music

On peut donc avec The Bird of Music (succédant au superbement nommé Verses of Comfort, Assurance and Salvation – en hommage à Depeche Mode ?) s’acheter une petite conduite indie, car tout est là, dosé à la perfection, sans véritable surprise : synthé antédiluviens, belles mélodies (le micro-hymne “The Lucky one”), textes en demi-teinte, vocabulaire musical réduit à son plus simple appareil, minimalisme des arrangements.

Nous sommes dans la lignée des Stereolab, The Notwist, Lali Puna, et ce charme capiteux, cette grâce transparente s’exprime totalement lors de l’écoute de The Bird of Music, parfaite bande son vernale. Reconnaissons donc à ces artistes indies un grand talent pour exprimer si précisément des sentiments si subtils, si ténus.

On pourra reprocher à cette mouvance un peu de systèmatisation dans l’emploi de ces signes, systématisation qui peut donner un sentiment de superficialité. Et se questionner sur la typologie socio-culturelle monolithique des artistes et du public : à savoir une jeune bourgeoisie blanche de gauche, plutôt aisée. Et se demander si celle-ci ne perpétue pas, en creux, cet élitisme et cette condescendance intellectuelle que l’on peut reprocher à ses aînés.

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14 comments

  1. À défaut de partager votre approche typologique, identitaire plus que personnelle de la culture, je dois admettre que vous conservez vos leitmotivs, bourgeoisie de gauche, condescendance, élitisme…

    Cependant, même si j’ai dans ma cdthèque, comme vous, du Notwist, du Lali Puna, du Asobi Seksu, mais aussi du Joan As Police Woman, du Hemily Haines, du St. Vincent, du Long Blondes, du Lavender Diamond, du Rosebuds, du Tin Hat, du Loney, dear, du Mates of State, du Modest Mouse (en écoute aussi sur myspace) … pour n’en citer que quelques-uns écouté et réécouté cette année, que je me définirai sans problème comme de gauche, je ne suis pas et je ne connais pas, hélas, de jeunes femmes blanches bourgeoises.

    J’apprécierai donc que vous ajoutiez des adresses à vos énoncés. Merci d’avance, car, je suis preneur, y compris si elles qui ont perdu leur statut d’intouchable pour devenir enseignante en école primaire, vendeuse de BD, employée de mairie au sein d’une médiathèque de quartier chômeuse ou rmiste.

    Bon, je vous laisse pour ce soir, j’ai l’intégrale de Sardou et Johnny Halliday à réécouter d’urgence, un commissaire du peuple de droite, celui de la pensée normal, le mot le plus employé par notre providence de la République, qui ignore lui la condescendance, c’est un terme d’intellectuel, beurk, doit se préparer à passer me rééduquer.

    Je lui souhaite bien du courage.

    yG

  2. yannick je vous soupçonne d’être un peu injuste pour le coup : seul le dernier paragraphe sur 6 parle de la typologie sociale du public. Les 5 autres parlent de ce qu’evoque la musique, ce que vous appellez donc l’approche personnelle de la culture.

    oui c’est vrai, je fais une fixette sur cette population . C’est parce que je la connais bien : elevé aux inrocks de 87 à 2000, je l’ai cotoyée. La seconde raison est que j’ai vécu à l’étranger une petite dizaine d’années et (autre fixette chez moi) la stratification sociale heremétique et marquée de notre société.fr m’a alors sauté aux yeux.

    je suis allé récemment voir ARS + electralane ou encore Phoenix + P.Von Poehl, et je reste sidéré par la typologie très monolithique du public, désolé.

    Bref : deux trames un peu bâclées ici que j’ai pu développer à gorge déployée grâce au hérisson BBB.

    Encore merci pour vos commentaires. Il ne sont pas très aimable à mon endroit mais demeurent réfléchis et développés. Ce qui n’est pas le cas de tous …

    Derniere chose : cessez donc de lire ce blog et jetez vous plutôt sur Ada ou l’ardeur (ou mieux) Autres Rivages.

  3. Pour être injuste, il aurait fallu que je m’engage à faire une synthèse de votre texte. Je n’ai développé que ce qui me semblait commentable, n’ayant pas encore, pour l’heure, craqué sur cette Simone (peut-être parce que ma mère en est une ?).

    Pour les inrocks, que je dois lire sensiblement depuis aussi longtemps que vous (et, je continue), je leur suis toujours gré de me faire découvrir des artistes que d’autres hebdo ignorent autant.

    J’ajouterai que malgré votre ton très critiques à l’encontre de ce magazine lui-même critique, vos goûts musicaux, tels qu’ils apparaissent ici, sont typiquement inrockuptibles ou pire Magic, plus que Rolling Stone ou tiré du Point ou du JDD.

    Certes, je dois avouer que pour la découverte musicale, ils souffrent désormais de l’avance éditoriale des sites critiques sur internet et de l’écoute sur myspace qui vaut bien tous les discours et autres cd découverte. Mais, il s’agit là d’un mouvement qui touche toutes les sources d’informations. Et, de surcroît, le résultat reste sensiblement le même que vous preniez le classement de fin d’année des inrocks, de Pitchforkmedia, popmatters, cokemachineglow, ou autres lostatsea.net…

    Pour la typologie des salles de concert, je ne peux me prononcer aussi catégoriquement que vous, j’y trouve toujours deux trois jeunes passionnés, ceux qui ont l’album en édition limité avec packaging en carton, et attendent l’autographe fébrilement, ceux qui sont curieux, une coupe en plastique ou une bière à la main mais qui ne connaissent qu’un titre ou deux, la demi douzaine de vieux comme moi qui suivent cette scène depuis une vingtaine d’années, écoutent l’album depuis des semaines, et enfin en arrière, près du bar, le gros des troupes, des jeunes de fac de médecine ou d’écoles de commerce qui trouvent plus fun de se retrouver ici pour parler et draguer que dans une boîte du centre ville.

    Mais, je dois souligner que ma vision est celle d’une ville de province et de l’unique salle de concert indé de toute la région, la toute nouvelle Cartonnerie à Reims où j’ai vu également l’an dernier Peter Von Poehl (et apprécié alors que cette fois, je faisais parti de ceux qui n’en connaissait qu’un titre ou deux).

    Certes, il y a une certaine homogénéisation, car, il n’y a pas de t-shirt Johnny H ou Patrick Bruel, mais Herman Düne et Calexico (enfin, au moins sur moi), pourtant les places sont cinq à dix fois moins cher que pour ces premiers (de quoi financer une année de concert indé pour ma part).

    Comme quoi, la raison principale de la très relative homogénéisation de cette salle de concert n’est pas tant à chercher dans les ressources financières des spectateurs que dans leurs habitudes culturelles. Habitudes que nous pouvons prendre en flirtant ou en ayant flirté avec le smic ou pire encore ; mes amis et moi-même en sommes la preuve.

    Là où j’ai perçu le plus d’homogénéisation dans une salle de concert, c’est lorsque je me suis risqué à un concert de Jazz. J’imagine que cela doit être pire encore dans un concert de musique classique…

    Autrement dit, je ne nie pas l’homogénéisation que vous dénoncez, je la nuance. J’ajouterai que les frontières se tissent parfois des deux côtés d’une séparation, à qui la faute alors ?

    Car, à la condescendance que vous systématisez (moi, c’est juste du mépris, pas question de m’abaisser à parler des qualités de Johnny ou de Mireille Matthieu), répond bien souvent ici (et encore plus depuis le mois de mai 2007) un anti-intellectualisme qui ne lui doit rien.

    Rassurez-vous, je finirai par lire Ada, et pas seulement parce que c’est le nom qu’a choisi à dessein Judith Bernard pour sa compagnie de théâtre. Pour l’instant, j’en suis au deux-tiers du Krauss.

    Enfin, il faut admettre que la vie est toujours du temps de perdu pour la littérature, mais que voulez-vous, si je commençai à suivre cette pente, autant me couper les cordes vocales et ne garder qu’un doigt pour tourner les pages. Ne m’en voulez donc pas trop si je ne suis pas davantage votre dernier conseil.

    yG

  4. Pour la typologie des salles de concert, je ne peux me prononcer aussi catégoriquement que vous, j’y trouve toujours deux trois jeunes passionnés, ceux qui ont l’album en édition limitée avec packaging en carton, et attendent l’autographe fébrilement, ceux qui sont curieux, une coupe en plastique ou une bière à la main, mais qui ne connaissent qu’un titre ou deux, la demi-douzaine de vieux comme moi qui suivent cette scène depuis une vingtaine d’années, et écoutent l’album depuis des semaines, et enfin en arrière, près du bar, le gros des troupes, des des jeunes de fac de médecine ou d’écoles de commerce qui trouvent plus fun de se retrouver ici pour parler et draguer que dans une boîte du centre ville.

    Mais, je dois souligner que ma vision est celle d’une ville de province possédant l’unique salle de concert programmant la scène indé de toute la région, la toute nouvelle Cartonnerie à Reims. Salle où j’ai vu (et apprécié l’an dernier alors que cette fois, je faisais partie de ceux qui n’en connaissait qu’un titre ou deux) également Peter Von Poehl.

    Certes, il y a une homogénisation, car, il n’y a pas de t-shirt Johnny ou Patrick Bruel, mais Herman Düne et Calexico (enfin, au moins sur moi). Pourtant, les places pour ces derniers sont cinq à dix fois moins cher que pour les premiers. Comme quoi, la raison principale de la très relative homogénisation de cette salle de concert n’est pas tant à chercher dans les ressources financières des spectateurs que dans leurs habitudes culturelles. Habitudes que nous pouvons prendre en flirtant ou en ayant flirté avec le smic ou pire encore ; mes amis et moi-même en sommes la preuve.

    Là où j’ai perçu le plus d’homogénisation dans une salle de concert, c’est lorsque je me suis risqué à un concert de Jazz. J’imagine que cela doit être pire encore dans un concert de musique classique…

    Autrement dit, je ne nie pas l’homogénisation que vous dénoncez, je la nuance. J’ajouterai que les frontières se tissent parfois des deux côtés d’une séparation, à qui la faute alors ?

    Car, à la condescendance que vous systématisez, répond bien souvent (et encore plus depuis le mois de mai 2007) un anti-intellectualisme qui ne lui doit rien.

    Rassurez-vous, je finirai par lire Ada, et pas seulement parce que c’est le nom qu’a choisi à dessein Judith Bernard pour sa compagnie de théâtre. Pour l’instant, j’en suis au trois-quart du Krauss.

    Enfin, il faut admettre que la vie est toujours du temps de perdu pour la littérature, mais que voulez-vous, si je commençai à suivre cette pente, autant me couper les cordes vocales et ne garder qu’un doigt pour tourner les pages. Ne m’en voulez donc pas trop si je ne suis pas davantage votre dernier conseil.
    yG
    (deuxième partie remaniée et fin)

  5. Cher 2000, je tiens à te dire que ca ne date pas d’hier, mais que nos convergences systématiques de point de vue sur un nombre statistiquement significatif de sujets me conduise aujourd’hui à te déclarer a quel point j’aime beaucoup la lecture reposante ( puisque je suis systématiquement d’accord ) de ton blog.

    Au début , je t’avoue que je trouvais ca un peu … un peu [facile] d’aimer un blog dans lequel on se retrouve systématiquement ( certes : en plus limpide ), sans trop d’effort d’adaptation ou de remise en cause personnelle .

    Mais très vite, avec la confrontation permanente, à longueur de journée, avec la lecture irritante des blogs “d’opinion”, des forums électronique des quotidiens et des “observatoires” de tout ordre , il y a malgré tout ce qu’on peut décrire comme un….un agacement diffus.
    Et que la lecture d’un blog ami devient précieuse , agréable et relaxante : tout ce que le reste du monde n’est pas, ce que je peux comprendre d’ailleurs – je ne peux pas obliger le reste du monde à penser comme moi – et qui, parfois, me fait un peu soupirer, entre deux grincements de dent.

  6. Wayhay Darque est dans la place !

    Hey merci pour ce commentaire, ca fait trop plez’.

    bon t’en es ou de ton triple album “1 beatles song a day keep the tech mob away” ?

  7. Mon cher Yannick,

    Je suis désolé il semble que pour une raison ou une autre wordpress.com ait décidé de mettre vos commentaires dans la spam box. Je les en ai enfin délivrés !

    Avant que vous ne me traitiez de parisien (insulte suprême), je vis en Aquitaine.

    Pour ce qui est des Inrocks je suis mille fois d’accord avec vous. Jusqu’à ce qu’il devienne hebdo et une annexe du Blah Blah officiel de la FNAC.

    Bref je leur serai toujours reconnaissant de m’avoir fait découvrir des dizaines de groupes que je n’aurais connus sinon, en particulier toute la scène sadcore californienne (American Music Club, Mark Eitzel, Idaho, Red House Painters, Mazzy Star) ou les séminaux Palace Brothers. Je me rappelle lorsqu’ils etaient bimestriels (l’époque bénite chroniques et entretiens bien avant promo et inrocksdiscount.com) comme j’attendais avec impatience chaque nouveau numéro.

    Je vous trouve un peu trop partisan. J’ai été grand amateur de jazz (je le suis moins assidument aujourd’hui) et justement mon sentiment est qu’il y a une bien plus grande mixité dans les concerts de Jazz, ne serait-ce que pour les classes d’age : le spectre est large de 20 à 60 ce qui n’est certainement pas le cas d’un concert de PVP (très bien, encore une fois d’accord avec vous). Socio-culturellement je dirais qu’il s’agit d’une population moins fortement typée, je vous soupçonne d’en déduire là un peu rapidement son homogénéïté.

    (simone est le nom de ma grand mère champenoise, alors hein).

  8. Quoi, votre grand-mère s’appelle Simone et est champenoise, vous seriez donc mon neveu ?
    Ah ben, non, je n’ai que des nièces à ma connaissance. Autant pour moi.

    Pour les inrocks, il est évident que la période bimestriel constituait esthétiquement le top, mais, hélas, en hebdo, je ne pense pas que ce modèle économique aurait été viable (faut de la pub de merde pour un hebdo, sniff).
    Pour le côté FNAC, il était encore plus prononcé à l’époque, cette chaîne de magasin étant à l’époque la seule sur le territoire à fournir une bonne part des groupes chroniqués. Aujourd’hui, il vaut mieux en passer par amazon pour suivre ce genre de production. Je dirai donc qu’ils s’amazonifient. 😉

    Pour les concerts de Jazz, j’ai noté comme vous la plus grande palette des âges, mais pas des milieux socio-professionnel, les plus jeunes étant majoritairement les enfants de notable des plus vieux, si j’en crois leurs coupes de cheveux, leurs vêtements et leurs comportements. Palette difficilement conciliable avec l’esprit rock indé où à quarante ans, on doit être sourd ou mort d’overdose. Comment, j’exagère… pfff.

    Enfin, pour ne pas finir systématiquement sur une note de désaccord, nous nous retrouvons sur (au figuré) Mazzy Stars et la sensuelle Hope Sandoval, ainsi que sur Mark Red House Kozelek Kil Moon, deux de mes éternels compagnons. Allez, j’ajoute aussi Will Oldham, même si le dernier concert de lui que j’ai vu était (faute des organisateurs ?) digne d’une prestation de fin d’étude du conservatoire (place assise, Will debout, loin sur la scène… une scénographie digne de Piaff, en plus austère encore), chiant.

    yG

    ps: à plus, si vous me cherchez, j’suis dans votre corbeille à spam, probablement.

  9. Allons donc ! le public des concerts de Jazz serait de droite ! Je ne suis pas du tout d’accord. Comme dirait Attali : voilà de la paresse intellectuelle.

    J’ai grandi (2eme moitié des 80s) à Nice et en sus du festival je suis allé voir un grand nombres d’artistes au Cedac de Dimiez et je peux vous garantir que le public alors n’etait certainement pas aussi uniforme.

    (vous êtes toujours dans ma spam box, vous y plaisez vous ?)

  10. Ah non, j’ai dit notable, pas de droite, je n’ai jamais rencontré autant de prof, pas même en salle des profs. Qui fait de la paresse intellectuelle. 😛

    Pour la spam box, je ne sais pas, mes propos véhiculent-ils tant d’allusions trash… (peut-être que mon adresse mail est identifié comme spameuse par votre serveur ?)

    yG

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